Le nouveau numéro du bimestriel Causette est dans les kiosques. Il y est question de féminisme à en rebattre les idées reçues et la croyance qui pousse certaines incrédules très myopes à croire que celles qui nous précédées dans les années 1970 avaient tout fait et que nous, benoîtes, n’avions qu’à glaner les récoltes, fructueuses et opulentes, des graines semées il y a quelques décennies… Hélas, quiconque laisse la terre en jachère, quiconque n’y travaille fréquemment, n’a aucune raison de continuer à voir arriver des fruits et des récoltes d’abondance.
Le vingt-et-unième siècle n’est pas arrivé en balayant tout le passé sexiste et patriarcal sur son passage. Même les prétendus virus informatiques n’ont pas contribué une seconde à ce que la modernité énoncée remette leurs systèmes en question. Alors il est juste de ne pas oublier que ce sont toujours majoritairement les femmes qui essuient l’urine de leur mec sur la lunette des toilettes et que lorsqu’il s’agit de se lever pour débarrasser, qu’on est entre amis, ce sont les femmes qui se retrouvent en cuisine comme le faisaient leurs mères et les mères de celles-ci.
S’il faut continuer de se contenter de cela comme un « détail » de la vie quotidienne, l’égalité ne deviendra pas une réalité dans notre société.
Allez, je vous le donne en mille, combien d’hommes sont ridicules ou exhibés nus et dans des postures de soumission à travers les images de la publicité, leur photo retouchée à la palette graphique pour lui donner des contours vides d’humanité. « Il y en a ! » répondrez-vous. Il y en a, oui, mais bien moins que de femmes. Si la publicité nous ressert ce que la société véhicule — c’est en tout cas l’argument derrière lequel elle se préserve le droit de continuer à mépriser les femmes ou à les contraindre dans des rôles d’asservissement — ce n’est pas une raison pour continuer de tirer l’intelligence vers le bas et d’user de la caricature et du mépris comme valeur marchande, comme de la moquerie systématique. À trop réfléchir à trouver des slogans intelligents et sensés pour valoriser les produits, on s’use le neurone sans doute…
J’ai vu vendredi à l’Utopia Toulouse le film de Patric Jean La Domination masculine. Depuis, je n’ai de cesse d’entendre dans la rue des hommes faire des réflexions à leur compagne ou celle qui les accompagne, probablement anodines mais parfaitement réductrices et inconvenantes par ailleurs : « Ah ben t’es pas très grande, c’est sûr que tu ne peux pas voir grand-chose ! » « Tu te rends compte des conneries que tu dis ? » et autres beaux échanges desquels émergent une merveilleuse et glorieuse suprématie mâle.
Allez ! messieurs et mesdames, au boulot, il en reste ! En attendant Causette est une part de remède.
Au sommaire du N° 5 : cp5
Film et féminisme dans les pages du journal le mois dernier : http://heleneduffau.unblog.net/?p=2450
