Dossier de presse de la collection « noire d’Histoire » des éditions TME à consulter ici : dossier-de-presse2008nh et extraits de l’ouvrage pour lequel la promotion commence dans mon doublé de rentrée littéraire.
A Marana, http://heleneduffau.unblog.net/?p=2308, extraits :
« En ces jours de ciel bas, la lande sentait le métal, la roche ferrugineuse. Les pierres du sous-sol, celles qui affleuraient, toujours plus nombreuses au fil de l’assèchement des marais, répandaient leur odeur significative. C’est elle qui permettait aux forgerons de repérer les nids, d’extraire les blocs de garluche pour les chauffer à les fondre et en retirer le minerai de fer. Les forgerons dénichaient au flair et, dans le pays, leur nez était valeur marchande.
À une poignée de lieues, dans le domaine de Labouheyre, les forges battaient le fer, fabriquant des outils pour le labour et pour la gemme, une activité en fort développement, des clous, des gamelles et autres pièces pour la cuisine. Afin de simplifier les échanges et de pourvoir aux besoins de proximité, il était question que l’une d’elles s’implante prochainement aux environs des cottages.
L’empereur avait récemment ordonné le reboisement massif de la lande de Gascogne. L’industrie se développait et utilisait quantité de bois pour les travaux des forges, pour la construction navale, pour la fabrication de charrettes et autres outils de la ferme, pour bâtir, pour cuire la terre au feu et la transformer en briques ou en tomettes. Ainsi, pour faciliter l’essor industriel français, toute une région voyait son paysage remanié, ses terres partagées entre quelques Bordelais qui tentaient d’ouvrager le territoire à leur manière, en dépit des usages ancestraux.
L’empereur avait choisi les résineux. Déjà présents dans la lande en compagnie des chênes et des hêtres, ces arbres semblaient porter la promesse d’une pousse rapide et d’une rentabilité importante. Leur combustion était intéressante pour la forge, leur résistance permettait leur transformation en poutres de charpente ou d’ossature pour les maisons locales, bien que la préférence demeure au chêne.
De fait, le reboisement induisait l’assèchement de bon nombre des marais dont le territoire était creusé — une des raisons pour lesquelles les Landes avaient été choisies pour la culture intensive du pin, grand consommateur d’eau. Après que les marais avaient été asséchés, l’air empestait alentour, tandis que le sol semblait dégorger, suinter tout ce qu’il savait. Ce n’était pas une question de brouillard dont la présence exacerbait l’atmosphère âcre puisque, même lorsque le ciel n’était pas si bas, les terres demeuraient parées d’une odeur épouvantable.
Alors qu’il avait été question d’assainir les terres par l’irrigation des eaux croupissantes, les autochtones faisaient hélas le constat que ce qu’ils récoltaient était loin de la panacée qui leur avait été vantée.
(…)
Depuis plusieurs jours, le brouillard était demeuré intense de jour comme de nuit. C’était le premier soir que le ciel s’offrait à la vue. Il se demanda si le brouillard allait redescendre des limbes juste avant le lever du jour ou si, enfin, le soleil allait revenir éclairer le pays de ses rayons ambrés. Il s’émerveillait de ce moment fugace, qu’il appelait la rencontre au sommet, pendant lequel brouillard et soleil semblaient se parler, comme à marchander, juste avant que l’un, le brouillard, laisse la place à un autre, le paysage enfin retrouvé et visible loin devant, tandis que le soleil se mettait à sécher la lande.
En sortant de la maison, le Muet avait emporté sa besace qui contenait les outils nécessaires à sa chasse : corde de chanvre, fil de fer, couteau, petits piquets taillés dans des branches de pin. Dehors, la nuit était paisible et froide. Il entendit la chouette hululer à son passage dans l’airial tandis que le bruissement de feuilles, un peu plus loin vers l’ouest, le porta à penser que des chevreuils grattaient le sol pour y faire leur couche, à même la terre et à la douceur qui s’en dégageait.
Alors qu’il progressait vers l’étang sans même prêter attention à l’endroit où ses pieds se posaient tant le relief du sol lui était familier, il entendit un cri rauque, fort, inquiétant. Il s’arrêta, le souffle en suspension et tendit l’oreille. Loin devant lui, l’appel reprenait. Il frissonna tant la voix qui lui parvenait semblait humaine et douloureuse. Le Muet accorda machinalement le cri au brame du cerf en rut. Si la saison des amours était a priori terminée, il n’était pas rare que certaines bêtes soient décalées du rythme de l’espèce et ressentent le besoin d’appeler la femelle courant décembre voire janvier, tandis que la plupart des cervidés avaient assuré leur descendance au cours de l’automne. À chaque fois qu’il entendait le cri d’un cerf à l’appel d’une femelle, il ne pouvait s’empêcher de l’associer à une voix humaine avant d’y déceler les détails qui confirmaient son animalité.
(…)
Les cas de disparition de jeunes filles n’étaient pas rares dans la région. Bien souvent, les familles ne le signalaient pas en mairie. Parfois trop contentes d’être ainsi soulagées d’une bouche à nourrir lorsqu’elles étaient pauvres, parfois entièrement préoccupées par quelque croyance en un châtiment divin obscur qui les punissait de leurs péchés de pénitents en les privant d’une enfant, les familles entretenaient le mystère de la disparition qui accompagnait foyers et voisinage, des années durant, sans être jamais résolu. Au moins, cela conférait-il quelque intérêt, quelque importance, à ceux qui restaient.
— Depuis combien de temps es-tu arrivée ici ?
— Plus de douze mois.
— Et tu voudrais t’en aller maintenant ?
Un reflet d’inquiétude traversa le regard de Gabrielle. Son visage s’assombrit, les traits se creusèrent. Elle était contrite.
— Je ne peux pas. Ils ont dit que si je partais, ils me retrouveraient. Ils savent tout, ils ont dit. Et quand ils m’auront retrouvée, ils me balanceront aux sables mouvants, comme les autres qui n’ont pas obéi. Et ils feront des paris. Et ils joueront pour savoir à quelle vitesse je mourrais. Et ils rigoleront pendant que je me noierais. Je ne veux pas mourir !
Elle était saisie d’effroi. Sa lèvre inférieure tremblait. Ses mains étaient crispées sur sa jupe. Mais elle demeurait droite, tendue comme une nouvelle pousse à toute force vers la lumière du jour.
— Gabrielle, nous pouvons t’aider à partir et à te mettre à l’abri. Et nous pouvons aider Eugénie aussi. Nous allons prendre le chien, il va suivre les traces de Mariette, puis nous enverrons quelqu’un vous chercher…
Camille n’avait pas terminé sa phrase qu’il ressentit une vive tension entre ses côtes, à mi-hauteur entre sa gorge et son nombril.
— Tu mens ! explosa Gabrielle de sa voix perçante, comme en écho à la sensation qui venait de se faire jour. Tu ne reviendras pas ! Personne ne revient jamais ici que cette bande de salauds !
Aussitôt le juron prononcé, elle se signa furtivement. Les mâchoires crispées, le regard noir, elle se jeta sur lui pour le battre de ses poings serrés.
— Oh là, doucement ! cria monsieur le maire, désemparé par la scène qui prenait corps sous ses yeux.
Camille entoura Gabrielle de ses bras et la serra fort contre lui en lui parlant doucement à l’oreille. Il leva une main vers Germain pour signifier que tout allait bien, qu’il savait faire avec la situation. Rasséréné, monsieur le maire entra dans la maison en quête d’Eugénie, tandis que Camille apaisait doucement Gabrielle.
Monsieur le maire ralentit sa marche dès qu’il passa la porte. Sur ce qui était supposé être le sol, ses pieds ne trouvèrent guère l’appui auquel il s’attendait. La pièce était sombre et nauséabonde. Divers débris, des morceaux de tissu, ce qui lui apparut être des livres jetés, ouverts, le dos de leur couverture écrasé par les piétinements multiples recouvraient ce qui avait un jour été un plancher. (…) »
La garluche est le nom donné à l’alios ferrugineux, le tuf dont l’épaisseur varie entre quelques centimètres et un mètre.
A Marana : on en parle au Comptoir de l’info, TLT : http://www.dailymotion.com/video/xaponu_comptoir-de-linfo-p25-oct-2009_news
Bonsoir,
Je suis responsable et organisatrice du salon du livre d’histoire locale de Mirepoix. Nous venons d’avoir le 16e salon dimanche dernier.
Je commence à prospecter pour inviter de nouveaux auteurs l’an prochain, pour le 17e salon qui aura lieu le dimanche 3 juillet 2011.
Seriez-vous intéressée pour présenter « A Marana » ?
Si oui, votre éditeur peut-il nous envoyer un exemplaire à titre gracieux pour le comité de lecture, qui remet des prix chaque année tant à un livre d’histoire (une thèse ou une monographie, par exemple) qu’à un roman historique ? Je communiquerai mon adresse postale à votre éditeur, le cas échéant.
Bien à vous,
Martine Rouche
Ping : 3 juin 2010 : Promotion. | Journal de la moderne tyrannie